Débuter en apiculture

04/2023 | Conseils aux débutants
Lennart Åstrand, apiculteur en Valais - conseils.debutants@abeilles.ch


Je suis très heureux de partager avec vous aujourd’hui un article qui s’adresse principalement à ceux qui feront cette année leurs premiers pas en apiculture. Eh oui, en tant que débutant, je n’allais pas m’aventurer à tenter de vous expliquer des choses plus avancées que l’apiculture que je suis moi-même capable de comprendre et de pratiquer.

Tout d’abord, un peu de contexte : l’apiculture vous intéresse ou vous fascine depuis un certain temps. Vous avez fait un premier pas en vous inscrivant dans une société d’apiculture, peut-être vous êtes-vous inscrit à un cours pour débutants, bravo! Même si je suis souvent le premier à chercher à acquérir de nouvelles connaissances à travers des ouvrages littéraires ou en faisant des essais, le contact avec des gens qui pratiquent la discipline est très enrichissant et vous évitera certains échecs cuisants voire même peut-être dangereux pour les apiculteurs avoisinants. Par cet article, je souhaite vous offrir une sorte de « boîte à outils » de l’apiculteur débutant. Quand j’étais personnellement au stade d’acquérir les premières ruches et les premiers accessoires de travail, j’étais taraudé de questions. Et c’est normal (du moins à mon avis).

Quelle apiculture ?

Pour faire vos premiers pas dans ce monde merveilleux qu’est l’apiculture, je vous conseillerai de faire le tour d’une première question : qu’attendez-vous de vos abeilles ? Certes, la plupart des apiculteurs cherchent à extraire du miel, mais ce n’est pas tout. En fonction de votre sensibilité ou de vos aspirations, vous pourriez avoir envie de pratiquer une apiculture plus ou moins intensive. C’est bien connu, les abeilles produisent et stockent du miel. C’est leur réserve de nourriture hivernale. Nous autres apiculteurs profitons de cette formidable capacité qu’a l’abeille mellifère à sur-stocker de la nourriture pour nous en octroyer une partie. En fonction du type de ruches que vous choisirez et de la manière dont vous gérerez vos colonies, vous serez soit amenés à pratiquer de façon intensive et productive pour maximiser vos récoltes de miel, soit à accompagner vos abeilles en intervenant exclusivement pour leur bien être tout en espérant récupérer quelques gouttes du précieux liquide.

Les différentes ruches

Il existe des dizaines de sortes différentes de ruches et je me concentrerai ici sur celles qui sont principalement utilisées en Suisse. Si la plupart des apiculteurs romands exploitent des ruches Dadant-Blatt à 12 cadres, nos collègues Suisse-allemands ont plus tendance à travailler la ruche suisse ou Bürki. Cela vient probablement du fait que les ruchers Suisse-alémaniques sont souvent des petits pavillons alors que nous autres romands avons plutôt tendance à aligner nos ruches sur des bancs en pleine nature. Il s’agit évidemment de tendances et non de règles absolues.

Parmi les ruches du format Dadant-Blatt, il y en a une que j’affectionne particulièrement, c’est la 10 cadres. Au meilleur de la saison je la garnis de 9 cadres et d’une partition, elle reste agréable à travailler mais présente l’avantage d’être plus facile à déplacer car un peu plus légère et moins encombrante.

Je citerai encore la ruche Warré qui est sans doute du fait de son format la plus petite ruche couramment utilisée. La Warré se travaille différemment, elle est probablement plus adaptée à une apiculture en accompagnement des abeilles mais permet certainement aussi de belles récoltes. C’est aussi la ruche la plus légère.

Au moment de choisir votre première ruche, posez-vous les questions suivantes :

  • Quelle apiculture vais-je pratiquer ?
  • Voudrai-je, à l’avenir, déplacer mes ruches pour suivre les floraisons ?
  • L’emplacement de mon rucher est-il facile d’accès ?
  • Quel type de ruche utilisent mes voisins, mon mentor ou mes copains ?

Cela déterminera grandement le type de ruches que vous choisirez sachant que si vous possédez le même type de ruches que vos connaissances, des échanges de matériel seront possibles pour se dépanner les uns les autres.

Sans entrer dans trop de détails, votre ruche devra se composer :

  • d’un plancher grillagé avec tiroir pour faciliter le comptage des varroas ;
  • d’un corps de ruche de bonne qualité de construction ;
  • d’une, éventuellement deux partitions ;
  • de cadres en suffisance pour suivre le développement de la colonie ;
  • d’une planche couvre cadre avec un bouchon et un trou pour la mise en place d’un nourrisseur ;
  • d’un nourrisseur à placer sur le couvre cadre ou en version nourrisseur couvre cadre ;
  • d’un morceau d’isolant ;
  • de deux hausses avec cadres adaptés ;
  • d’un toit, plat ou pas c’est à vous de le déterminer (Le toit chalet est peut-être un peu plus esthétique mais moins pratique si l’on déplace souvent ses ruches. J’apprécie le toit chalet car en perçant un trou que je protège par un grillage fin au sommet du triangle juste sous le faîte, je crée un courant d’air au-dessus de l’isolation. Ce courant d’air garde l’isolant bien au sec et évite de transmettre la chaleur du toit vers la ruche) ;
  • d’une sangle robuste pour tenir le tout ensemble et bien fermé ;
  • pour finir un auvent n’est pas un luxe car il protège la porte d’entrée des abeilles des intempéries garantissant sa non-obstruction.

La question de peindre ou non ses ruches a souvent fait débat. Certains sont traditionnellement attachés aux ruches multicolores et il est sans doute vrai que les abeilles reconnaissent mieux leur maison si elle présente des repères visuels distincts. De manière générale, on évitera de toute façon de trop serrer les ruches. Cela évitera aussi en partie la dérive.

Pour ce qui est de la durabilité et la protection du bois, un passage à l’huile de lin convient aussi parfaitement mais il devra être répété de temps à autre pour que l’effet protecteur dure.

Le matériau composant la ruche dépendra lui aussi de vos préférences et de votre sensibilité. Cependant, un conseil s’applique : il est plus facile de nettoyer, (c’est-à-dire stériliser) une ruche à l’aide d’un bon coup de chalumeau que d’avoir recours à des bains de soude ou autre solution chimique. Le bois, c’est aussi la matière qui a constitué l’habitat de l’abeille depuis des millions d’années.

Avez-vous pensé au support sur lequel vous allez poser vos ruches ? Là encore mille et une options s’offrent à vous. En revanche certaines constantes vous faciliteront la tâche. Une ruche trop près du sol, souffrira rapidement de l’humidité, sera pénible pour votre dos à visiter et mettre en place. À l’opposé, une ruche placée trop en hauteur sera aussi difficile à visiter, les cadres peuvent être lourds en saison et à bout de bras. Trop haut perchée la ruche aura aussi une meilleure prise au vent ce qui pourrait engendrer certaines déconvenues à l’issue catastrophique que je vous laisse imaginer.

Il existe toutes sortes de supports dans les commerces spécialisés. Certains pour une seule ruche d’autres sur lesquels plusieurs ruches peuvent être alignées. Le support peut simplement être constitué de parpaings en béton posés de façon stable de sorte à accueillir la ruche. On peut aussi construire son banc en bois sans trop de difficultés. Il sera en revanche judicieux de prévoir un bois réputé imputrescible pour éviter de devoir le refaire tous les 3 ans.

Et pour terminer, une astuce qui a son importance : on veillera à ce que les ruches soient légèrement inclinées vers l’avant, 3° suffisent. Cela permettra à l’humidité qui condense dans la ruche, lorsque la ponte reprend mais que les nuits sont encore fraiches, de s’écouler par la portière ou le devant du tiroir. Vos abeilles ne s’en porteront que mieux.

Au bon endroit

Maintenant que nous avons choisi un type de ruche et le support sur lequel les poser, la question de l’emplacement semble légitime. À ce sujet, deux solutions : soit vous créez un nouveau rucher, soit vous vous rapprochez d’un apiculteur qui, du fait de son âge, chercherait à remettre son rucher dans les années qui viennent et serait certainement content de vous transmettre son savoir tout en vous donnant les rênes de son rucher. Cette seconde option est extrêmement souhaitable, puisque non seulement l’emplacement est tout trouvé avec un numéro de rucher attribué, etc. mais en plus vous bénéficierez de l’expérience d’un apiculteur pour faire vos premiers pas ce qui est un cadeau inestimable. Un rucher sera idéalement placé dans une région mellifère, jouissant d’un certain nombre d’heures de soleil par jour. Idéalement les ruches seront placées dans une zone partiellement ombragée sous un couvert végétal ou construit. On évitera absolument de placer une ruche en zone humide ou en bordure de cours d’eau. Si les abeilles ne craignent pas vraiment le froid, l’humidité n’est vraiment pas bonne pour l’établissement d’un équilibre climatique dans la ruche.

En toute légalité

Dans l’hypothèse où vous créiez un rucher, il sera très important d’en faire la demande à votre inspecteur régional des ruchers avant d’accueillir les premières abeilles. Ce dernier vous fera parvenir une plaquette avec un numéro de référence que vous utiliserez scrupuleusement pour annoncer chaque entrée et chaque sortie d’abeilles de votre rucher. Pour cela, rendez vous sur le site internet du canton où vous installerez votre rucher. Il y a des différences de procédures d’un canton à l’autre mais sur le fond, le principe reste le même. Une fois que vous êtes titulaire d’un numéro de rucher, vous devez prendre contact avec l’inspecteur de la région de départ et la région d’arrivée avant tout déplacement d’abeilles. Ces mesures ne sont pas à prendre à la légère puisque c’est le seul moyen de lutte à disposition pour tenter d’endiguer certaines épizooties comme la loque américaine par exemple, qui cause des dégâts considérables. Il existe une application mobile du nom de « BeeTraffic » pour vous faciliter la tâche dans vos démarches. J’ai également prévu de vous détailler tous les aspects légaux utiles à la pratique de l’apiculture dans un prochain article.

Bien s’équiper

Avant d’accueillir vos premières abeilles, vous aurez encore besoin d’un peu de matériel pour travailler vos ruches dans de bonnes conditions. Si l’on pense évidemment en premier à la vareuse et à l’enfumoir, véritables emblèmes de l’apiculteur, il y a quand-même deux ou trois autres articles qui facilitent la tâche. Il est clair que l’on peut s’occuper d’abeilles avec du matériel rudimentaire mais le simple fait d’avoir les bons outils en bon état pour vous rendre au rucher, contribuera à ce que vous soyez calme. Quand vous entrerez dans leur maison, les abeilles sauront très vite si vous êtes calme ou pas et cela aura un grand impact sur l’accueil qu’elles vous réserveront.

Voici une petite liste des choses que j’emporte toujours avec moi au rucher :

  • Une vareuse (modèle à définir, un blouson avec chapeau incorporé suffit dans la plupart des situations) ;
  • une paire de gants d’apiculture (même si on ne les met pas, on les gardera à portée de main au cas où la visite tournerait à la révolte) ;
  • une brosse douce à abeilles (toujours pratique si l’on veut vider un cadre de ses abeilles) ;
  • un enfumoir (le type américain en inox est le plus courant de nos jours mais beaucoup de vieux apiculteurs utilisent encore la pipe qui permet d’avoir les deux mains libres) ;
  • un lève cadre (préférablement en inox d’un seul tenant pour en simplifier la désinfection et le nettoyage) ;
  • une lampe à souder à gaz (pour allumer facilement l’enfumoir) ;
  • une petite boite hermétique (de sorte à pouvoir y mettre tous les petits bouts de cire et la propolis que vous récolterez en déplombant vos ruches) ;
  • du combustible pour l’enfumoir (un peu de brindilles ou de paille sèche iront bien pour faire une première flambée, on y ajoutera ensuite du bois sec et friable, des écorces ou des pives. Souvent, j’ajoute un peu de paille de lavande que je mets de côté quand je taille les lavandes à la fin de l’automne. Une fumée trop corsée ou trop chaude aura un effet contraire et fâchera les abeilles).

En complément des accessoires de base, je prends en général avec moi les choses suivantes qui m’aident à faire face à toutes les situations mais ne sont pas nécessairement indispensables :

  • Un torchon imbibé d’huile essentielle de clou de girofle (je l’utilise souvent en fin de visite pour faire descendre les abeilles dans la ruche avant de replacer le couvre cadre. Parfois aussi si les abeilles sont agitées, je couvre la moitié non travaillée de la ruche pendant que je visite l’autre côté) ;
  • un petit vaporisateur avec de l’eau (très pratique pour empêcher les abeilles de trop voler quand on va chercher un essaim. L’humidité sur leurs ailes les empêchent de batifoler et augmente les chances d’avoir la reine au milieu du paquet) ;
  • un attrape reine (modèle à choisir selon vos affinités, j’utilise un modèle opérable à une main et c’est appréciable) ;
  • un marqueur pour marquer les reines (j’aime bien les marqueurs à base d’eau, ils me semblent moins agressifs à appliquer sur le thorax d’une reine. Même si le marquage des reines n’est pas indispensable, cela permet d’identifier rapidement où se trouve la reine pour ne pas l’écraser ou la perdre en manipulant les cadres. C’est aussi une bonne aide pour rapidement établir si une colonie a essaimé car notre reine marquée n’y sera plus. En outre même si vous consignez des notes précises de toutes vos interventions dans un carnet vous n’aurez plus à vous relire pour établir l’âge de cette dame).

Peupler les ruches

Équipé, préparé et motivé vous trépignez d’envie d’aller découvrir ce à quoi vous vous êtes méticuleusement préparé. Pour accueillir vos premières abeilles, encore une fois plusieurs solutions s’offrent à vous. Soit vous avez été bien prévoyant et vous avez noué contact avec un apiculteur qui vous aura préparé une jeune colonie (nucleus) avant l’hiver, soit par un coup de chance, suivant un hiver clément vous avez trouvé une annonce d’un apiculteur vendant des nuclei. Il est aussi possible d’attendre la saison de l’essaimage. Pour cela gardez un œil sur les arbres et faites savoir aux apiculteurs avoisinants ainsi qu’à vos connaissances que vous cherchez vos premiers essaims. C’est très souvent un apiculteur dont toutes les caisses sont pleines qui vous appellera pour venir chercher un essaim qui est sorti de l’une de ses ruches ou un essaim égaré dont il aurait connaissance par bouche à oreille. Ramasser un essaim est une opération extrêmement gratifiante et très intéressante mais il est parfois plus sûr de savoir y renoncer s’il s’est logé hors de votre portée. Le mois de mai est souvent plein de rebondissements pour les apiculteurs et une autre opportunité se présentera très certainement.

À la question du nombre idéal de ruches pour débuter, je n’ai pas non plus de réponse fixe. Cela dépend énormément du temps que vous pourrez raisonnablement consacrer à votre nouvelle passion. L’apiculture est une activité chronophage. Cependant, mon conseil serait de commencer avec trois ruches. Cela laisse beaucoup de possibilités de comparer leur évolution, de pratiquer différents essais ou de refaire un essaim artificiel pour compenser une perte. Dans cette configuration, à la fin de la première, voire de la deuxième saison vous pourrez faire le point et comprendre si vous souhaitez développer cette activité, en rester à trois ruches ou tout arrêter. Votre investissement sera à ce stade encore assez facile à compenser par la revente du matériel. La première année, tentez de vous organiser avec un autre apiculteur pour lui louer le matériel nécessaire à l’extraction de votre premier miel. Vous serez plus à même de choisir le matériel adapté à votre usage une fois que vous aurez établi le nombre de ruches que vous pouvez travailler.

J’espère vivement qu’à l’issue de cet article vous vous sentirez prêts ou presque pour vous élancer en battant de vos propres ailes. Je vous disais en début d’article que l’apiculture est un monde à part et je souhaiterai terminer en vous disant que je le pense vraiment. N’ayez pas peur d’évoluer à votre rythme dans ce monde parallèle. Si j’utilise ce terme, ce n’est évidemment pas pour vous faire peur, mais plutôt pour attiser votre curiosité. Curiosité d’aller jusqu’au bout des choses, d’écouter vos intuitions, de vous rendre à votre rucher l’esprit libre et ouvert. La nature et les abeilles étaient là bien avant nous et s’émerveiller de tant de finesse et de complexité ne peut que nous rendre plus humble et désireux de les préserver. L’apiculture, c’est aussi des échanges entre humains partageant une passion. Si vous n’êtes pas encore membres d’une société d’apiculture, je vous y invite vivement. Inscrivez-vous aux rencontres qu’elle organise et vous ouvrirez la porte à de beaux échanges qui vous accompagneront certainement bien au-delà du monde apicole.

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